[NC-15 - Darkfic - Wonderland]

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[NC-15 - Darkfic - Wonderland]

Message  Sugar-Junkie le Ven 8 Aoû - 17:48

Les petites notes de l'autrice - Wonderland est en cours de totale réécriture... J'espère que la nouvelle version vous plaira ^^

Avertissement - J'ai mis NC-15 pour le moment... Le rating sera probablement modifié par la suite.

Disclaimer - Tous les personnages cités m'appartiennent, ainsi que leur univers. Je tiens beaucoup à ce projet... Et il a été réalisé à but lucratif puisque je compte le porter à un éditeur une fois achevé :D



Wonderland


Chapitre 1 :
Ce qui ne devait pas être.



Alix n’avait pas dormi depuis ce jour-là. Malgré la fatigue. Malgré les médicaments. Malgré les séances chez la psy, le mardi après-midi, de quatorze à seize heure, elle ne dormait plus. Elle s’arrêtait. Comme ça, d’un coup. Au milieu d’une phrase, d’un repas, de la route, n’importe où, n’importe quand. Elle s’arrêtait. Tout simplement. Son regard se perdait dans le vide. Les mots sur ses lèvres se fanaient. Son corps se faisait gauche, s’immobilisait, soudainement flasque et inerte. Comme si quelque chose à l’intérieur d’elle s’était débranché. Une porte qui s’était fermée. Un interrupteur baissé. Et puis elle reprenait vie au bout de quelques minutes. Comme vaguement surprise de voir que pendant son moment d’absence, le monde avait continué de tourner.
Elle était devenu un mystère pour tout le monde, du jour au lendemain. Si au moins elle avait pleuré ! Rien. Pas une larme, pas un sourire. Elle parlait peu. Par énigmes. L’Alix d’autrefois semblait n’avoir jamais existé. Elle n’avait jamais été très démonstrative, mais depuis ce jour-là… Ses yeux bruns s’étaient vidés. Incompréhensible. Certes, elle avait vécu un grave traumatisme. Mais sa réaction… Sa façon d’en parler même… ton froid et monocorde, mots plats, sans relief, soigneusement choisis et calibrés… Comme si tout ça au fond ne l’atteignait pas…

Carine et elle rentraient ensemble ce jour-là. Comme d’habitude. Elles discutaient. Comme d’habitude. Carine avait souri. Et puis sa tête avait explosé.

Le tireur n’avait pu encore être identifié. Son mobile restait un mystère. On avait craint l’œuvre d’un tueur en série, mais Carine avait été la seule victime répertoriée. Et Alix ne dormait plus.

Elle n’avait jamais été une fille très populaire au lycée. Trop calme, trop douce. Pas assez haute en couleur pour plaire. Mais depuis que Carine n’était plus là, elle avait gagné sa petite part de célébrité morbide. Non pas qu’elle en ait jamais voulu. Ni qu’elle encourage cet état des choses. Elle restait égale à elle-même. Absente. Ignorant les questions et les regards avides, comme une nuée de moucherons, Alix passait de salle de classe en salle de classe. En automate bien réglé.

Sandra l’avait tout de suite détestée. Dès qu’elle avait posé ses yeux sur Alix, elle avait ressenti l’irrépressible envie de la frapper. De la tirer de sa molle apathie avec des coups, de la réduire en lambeaux sanguinolents. Dès la première seconde. Submergée par une envie de violence primaire. Aussitôt que ‘zombie’ entrait dans son champ de vision, la pulsion revenait à chaque fois un peu plus forte. Elle ne savait même pas pourquoi. Elle n’avait rien à lui reprocher, Alix ne lui avait jamais rien fait. Elle semblait même au contraire chercher à l’éviter. À se faire encore plus discrète et silencieuse que d’habitude. Et c’était bien la seule occasion où elle manifestait la moindre réaction « normale ». Mais le fait était là. Sa simple existence mettait Sandra dans une rage noire.

Les choses auraient pu continuer de la sorte éternellement. Elles auraient continué à être dans la même classe, à suivre exactement les mêmes cours, heure par heure. Sandra au premier rang pour ne pas voir Alix. Et Alix au fond pour qu’on la laisse tranquille. Sandra aurait eu son bac. Serait allée à l’université. Après plusieurs tentatives infructueuses, elle aurait trouvé l’homme avec qui elle aurait fondé un foyer. Un enfant, peut-être deux. Une douce normalité. Alix… Dieu seul savait ce qu’elle aurait bien pu devenir. Suicide, asile ou guérison miracle ? Ou peut-être encore un peu des trois ? Mais rien de tout cela, ni pour l’une ni pour l’autre, ne devait jamais arriver.
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Re: [NC-15 - Darkfic - Wonderland]

Message  Sugar-Junkie le Ven 8 Aoû - 17:49

Chapitre 2 :
Lumière et Brouillard.



Lucian se mordilla la lèvre inférieure. Mal à l’aise. Et mal assis. Quand le Patron vous faisait demander de toute urgence, et qu’il vous faisait attendre presque une demi-heure dans un couloir sur un tabouret pourri, ça n’était pas bon signe. Pas vrai ? Il passa une main hésitante dans ses cheveux noirs. Il n’avait rien fait pour attirer l’attention. Il obéissait aux ordres à la lettre, mais sans faire de zèle. Qu’on soit repéré en tant que bon ou mauvais élément, c’était toujours synonyme d’ennuis. La médiocrité seule était une défense efficace. Les jambes engourdis, le trentenaire se leva pour s’étirer et la porte du bureau s’ouvrit, libérant au passage une bouffée de fumée. Une invitation à entrer.
Le Patron fumait beaucoup. Au point qu’une sorte de brouillard permanent semblait l’auréoler de ses tentacules grises. Lucian avait même parfois l’impression que la fumée s’échappait non pas du mégot qu’il tenait à la main mais des pores même de sa peau cireuse. Son costume, ses cheveux et ses yeux étaient teinté de gris eux aussi. Si on avait expliqué à Lucian que dans les veines sombres qu’il voyait transparaître par endroit courrait de la nicotine plutôt que du sang, il n’aurait même pas été surpris. Il avait déjà vu des trucs bien plus bizarres que ça de toutes façons. Au signe de son employeur qui triait un tas de feuilles d’un air absent, il prit une chaise et s’assit. Au bout de quelques secondes de silence, le Patron leva les yeux vers lui, tira une longue bouffée de sa cigarette avant de s’éclaircir la gorge.

« J’ai du travail pour toi. »

Ça n’était pas seulement ça. Les missions, il les recevait par courrier. Avec ce dont il avait besoin pour les mener à bien. Ni plus. Ni moins. Le Patron ne vous convoquait pas pour si peu. Il y avait autre chose…

« C’est ta cible. Trouve l’endroit où il se cache. Parle-lui. Recrute-le. »

Lucian se pencha sur la photo posée devant lui. Un portrait d’adolescent, seize ans tout au plus. Le visage boudeur de quelqu’un qui sort à peine de l’enfance, des traits fins. Peau mate. Cheveux bruns et sauvages, lui tombant aux épaules. Yeux verts. Nez busqué. Bouche pulpeuse, presque féminine. La blouse verte qu’il portait et le carrelage blanc derrière lui indiquaient qu’il avait probablement été pris dans un hôpital. Et son expression, elle, indiquait qu’il était probablement tout sauf heureux de servir de modèle. Et qu’il aurait préféré être à des kilomètres de là où il se trouvait présentement.

« Joshua Frank. Ce cliché date d’il y a quinze ans, il a sûrement pas mal changé depuis. »

Le Patron s’enfonça dans son fauteuil. Il croisa ses doigts sur son ventre rond. Un nuage de fumée s’échappa de ses narines. Lucian ne dit rien. Attendant la suite. Il savait quelle était sa place dans la hiérarchie. Celle d’un larbin, une petite frappe, sans plus. À peine au-dessus de n’importe quel quidam marchant dans la rue. Ça lui convenait et c’était ce qu’il s’efforçait de rester. Simplement le Patron n’avait pas l’air d’être de cet avis.

« Tu es quelqu’un de prudent. Dans notre branche, c’est plus souvent un défaut qu’une qualité. Mais pour cette mission, tu es le seul candidat possible. Le seul et l’unique.
-Pourquoi ? se risqua-t-il à demander. Il n’aimait pas ça…
-Parce que tu es prudent, justement. Les autres… Aucun d’entre eux n’a plus le sens du danger. Et ce type EST dangereux. Ils ne pourront pas s’empêcher de le tester. Et de tout foutre en l’air. S’il nous voit comme des ennemis, les choses pourraient devenir… Difficiles. Je le veux dans notre camp. Comme je te l’ai déjà dit, tu es le candidat idéal parce que si je te dis de ne pas le provoquer, tu ne le feras pas. »

Ça sentait mauvais cette histoire. Ça puait même carrément la mort. L’homme plus âgé congédia son cadet d’un signe de la main, se replongeant dans les piles de feuilles qui se dressaient un peu partout dans la petite pièce embrumée. Mais juste au moment où Lucian s’apprêtait à franchir le seuil de la porte, il releva la tête et l’interpella. Un sourire satisfait sur les lèvres.

« Au fait, j’ai failli oublier… »

Non. Non, il n’avait pas oublié. Il en était certain. Il avait ménagé son effet, voilà tout. Lucian s’immobilisa, une main sur le chambranle de la porte. Sans se retourner.

« Il a abandonné son nom. Joshua n’existe plus. J’ai entendu dire qu’il se faisait appeler Phoenix à présent… »

Sa bouche s’assécha et une sueur glacée perla à son front. Phoenix. Le projet Phoenix. Il traversa le bâtiment en apnée, la tête embrouillée et vide. Ce ne fut qu’au moment où il enfila son casque de moto qu’il pu enfin mettre des mots sur le sentiment d’horreur qui l’avait submergé.


On l’envoyait à l’abattoir.
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Re: [NC-15 - Darkfic - Wonderland]

Message  Sugar-Junkie le Ven 8 Aoû - 17:50

Chapitre 3 :
Tout ce qui brille n’est pas or.



Haigha porta sa cigarette à ses lèvres, frissonnant à cause du froid qui s’insinuait jusque dans ses os. Ténèbres tout autour de lui, à peine percés par la lumière agonisante d'un lampadaire qui faisait luire les briques humides du mur où il était appuyé. De temps à autre, un petit filet de vent passait sans bruit dans la ruelle. Pas un rire, pas un aboiement. Le silence. Profond. Opaque. Comme si sa tête était entourée d'une bulle invisible remplie de coton.
Un bruit de ferraille le fit tressaillir, un fracas métallique qui claqua dans le silence comme un coup de tonnerre. Sa main se porta nerveusement au cutter qui dormait dans sa poche. Du calme... Ça n'était sûrement qu'un rat qui fouillait dans les poubelles. Son arme de fortune ne serait de toutes façons que de peu d'utilité face à un agresseur. Tout au plus un doudou auquel il se raccrochait quand il avait peur. Mais c’était trop tard pour avoir peur. Il se remit à tirer sur sa cigarette.

Un looser restait un looser. On finirait bien par le retrouver mort un jour, saigné à blanc sur un trottoir ou marinant gentiment au fond d'un lac. Alors pourquoi s'en faire ? Ce qui devait arriver arriverait. Un murmure sur sa gauche, dans l’ombre.

« Haigha...
- Un instant, j'ai cru que tu étais morte... plaisanta-t-il, à mi-voix, soulagé.
-Ne dis pas des trucs pareils ; lui répondit la voix. Tu as l'argent ? »

En silence, l'adolescent tendit sa main, pleine de billets, rencontrant celle de la femme. L'argent fut happé, remplacé par un sachet lourd et mou. Elle lui faisait confiance. Parce qu'il serait bien incapable de la trahir, même s’il l’avait voulu. Il n'avait jamais vu son visage, ne connaissait que son surnom, comme tout le monde. Salamandre.

« Je t'en ai mis un peu plus que d'habitude cette fois. Cadeau ! chuchota la femme, souriant brièvement dans le noir.
-Merci... »

Il n'était pas sûr que ça ne soit pas un cadeau empoisonné mais après tout, il n'allait pas se plaindre. Quelques bénéfices en plus lui permettraient de terminer plus facilement ses fins de mois. Son loyer, sa bouffe, ses clopes. Le minimum vital.

Il resta immobile, tandis que les pas feutrés de la Salamandre s'éloignaient. Tant qu'il ne franchissait pas la limite, tout irait bien. À la moindre incartade, elle le laisserait en plan et il n'aurait qu'à se démerder tout seul. Ce qui revenait à le condamner à mort.

« Vie de merde... » souffla-t-il, pour lui même.

Il entrouvrit ouvrit le sachet et le renifla. Picotements de plaisir le long de son dos. Sang d'Ange, pur. La source de toutes ses joies. Il n'aurait plus qu'à la couper et il pourrait la vendre. Cette drogue, c'était sa chance. En ville, ils n'étaient qu'une demi-douzaine à en dealer. Il avait sa clientèle. Une clientèle fidèle, qui payait bien. Adressant une prière de remerciement silencieuse au chimiste de génie qui avait créé cette petite merveille, il referma le sac et le glissa sous son blouson. Il fallait rentrer maintenant, en essayant de ne tomber sur personne. Il avait eu jusque-là la chance du diable. En espérant que ça continue.
Sans un bruit, grimper aux escaliers de secours, glisser de toit en toit, devenir tour à tour ombre ou chat de gouttière... Il l'avait fait tant de fois. C’était presque une routine. Et pourtant, son coeur se cognait violemment contre sa cage thoracique, comme un oiseau qui se cogne contre sa cage jusqu'à la mort. Ses cheveux longs se collaient à sa nuque, poisseuse de sueur. Sous ses mains tremblantes se dessinaient à tâtons les reliefs de cette ville dans laquelle il vivait en parasite. En éternel mouvement, toujours au bord de la chute.

Un vasistas entrouvert, caché derrière une cheminée. Son chez-lui. Il se glissa avec précautions dans la chambre de bonne, manquant de s'écorcher les mains sur les rebords tranchants. C'était plus un trou à rat qu'un palace. Mais on fait avec ce qu'on a, pas vrai ? Il posa le sachet par terre, alluma une bougie. Il tira un autre sachet, presque vide celui-là, de sous une latte de plancher. D'abord, il lui fallait sa dose, ensuite il s'occuperait du nouvel arrivage. Malgré ses mains fébriles, il se prépara un rail avec la poudre dorée. Il n'avait pas la patience de se préparer une seringue ce soir. L’idée de pouvoir être le premier à goûter son venin préféré lui faisait fourmiller les doigts. C’était mieux que d’allonger une fille pour la première fois. Infiniment mieux. C’était une succession de premières fois. L’intérieur de ses bras étaient couvert de cicatrices, et pourtant, à chaque fois il était pris au dépourvu, étonné et ravi par ce qui lui tombait dessus.

Ça y était. Un flot de sensations l'envahit d'un seul coup. La pièce venait d'être remise à neuf en l'espace d'une seconde. Elle était plus grande, les couleurs étaient plus vives et les ombres jetées par la bougie étaient tout bonnement fascinantes... Même les toiles d'araignées qui pendaient au plafond avaient soudain des allures de voiles de soie, illuminés de l’intérieur. Un puissant courant d'énergie le traversait de part en part, sa tête était légère comme une bulle de savon... Haigha se jeta sur son lit, un simple futon posé par terre. S'il continuait de sourire aussi bêtement, les coins de ses lèvres allaient se rejoindre à l'arrière de son crâne. Est-ce que sa tête allait se détacher en deux morceaux ? Cette idée l'effraya, mais son sourire ne s'effaça pas pour autant. Ses muscles étaient comme tétanisés. Un effet habituel de la drogue sur lui. Quand il serait un peu "redescendu", ça passerait. En attendant, il avait l'air d'un psychopathe et il avait peur que la moitié de son crâne ne tombe sur le sol. Vie de merde.

Son attention se fixa sur une déchirure du papier peint moisi, chassant son inquiétude pour se laisser porter par la poussière d’or qui avait empli ses narines. Et il se sentit "glisser". Comme si son système nerveux envahissait peu à peu son environnement. Comme si chaque planche, chaque brique de sa chambre devenait une extension de son corps, un tout nouvel organe. Comme s’il ne faisait qu’un avec un petit fragment de l’infini. Là où penser devient inutile. Rien de plus qu’une profonde sérénité… Un avant-goût de mort.

Les voisins d’à côté se disputaient à voix basse, se sifflant leurs insultes comme un couple de cobra. Il sentait leurs pas glisser sur le parquet usé, leurs mains saisir des objets avant de les reposer, à regrets. C’était comme ça depuis que leur fille était emmenée en désintox. Il n’était peut-être pas complètement étranger avec cet état des choses d’ailleurs... À l’étage d’en dessous, une famille nombreuse dormait paisiblement. Deux petits vieux se serraient la main. Un chat faisait ses besoins dans sa litière. Plus bas, deux hommes faisaient l’amour. Une fillette pleurait, la tête enfoncée dans l’oreiller. Plus bas, partout, tout autour… D’autres corps, encore, encore, vivants, palpitants, grouillants, hommes, rats, larves, chiens, femmes, chats, papillons de nuit, enfants, moustiques… Les arbres qui s’agitaient doucement, un meurtre dans les ténèbres, quelques mots tendres, l’herbe qui pousse, le sang, la boue… Une vague énorme de vie pure qui déferlait à l’intérieur de lui, qui le balayait comme un fétu de paille, sans lui laisser ni trêve ni repos… L’Univers.

Peu à peu, les sens d’Haigha reprirent leurs fonctions normales. Il s’accorda une demi-heure pour s’en remettre, les yeux clos, la bouche entrouverte, sa cage thoracique se levant et s’abaissant par spasmes. Après une expérience pareille, on se sentait toujours à moitié aveugle et sourd. Limité. Pathétiquement mortel. Il se frotta les tempes, renifla. Et un sourire revint étirer ses lèvres. C’était de la bonne. Ses clients ne seraient pas déçus…
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Re: [NC-15 - Darkfic - Wonderland]

Message  Sugar-Junkie le Mar 23 Sep - 23:59

Chapitre 4 :
Tension.



La nuit avait été longue. Une interminable traînée de sang et de boue noire. Phoenix traversa le hall d’entrée de l’immeuble en traînant des pieds et monta dans l’ascenseur. Au cinquième étage, les portes s’ouvrirent avec un « ping » qui lui fit grincer des dents. Il lui fallait un doliprane. Et vite. Même le cliquetis de la clef dans sa serrure lui était insupportable. Il se précipita dans la salle de bain à peine sa porte verrouillée, et avala deux cachets coup sur coup. Ça ne durerait pas longtemps, mais en attendant, il avait une sale gueule. Du moins c’était ce que son miroir au-dessus du lavabo lui affirmait.

Il se déshabilla avec précautions, grimaçant à cause des plaies toutes fraîches qui couturaient son corps. Il défit dans la cabine de douche les bandages de fortune qui l’avaient à peu près empêchés de mettre du sang partout le long du trajet du retour. Ses vêtements étaient foutus, souillés comme ils l’étaient. Il faudrait qu’il s’en débarrasse. Il tourna le robinet et l’eau chaude martela sa peau, lui tirant des grognements de souffrance et de plaisir tandis qu’elle glissait sur lui, délassant ses muscles et irritant ses chairs à vif. La céramique blanche à ses pieds se tâcha de rouge, il ferma les yeux. Un voile liquide et brûlant couvrit son visage, s’insinuant dans sa bouche, ses narines, entre ses paupières, décollant ses cheveux figés dans du sang séché. Le sien et celui d’un autre. Il avait déjà oublié la tête qu’il avait celui-là. Ça n’était pas le premier, ça ne serait pas le dernier. Comment l’expliquer ? Il en avait besoin, voilà tout. Même s’il se sentait sale à en vomir après. Il en avait besoin.

Au fur et à mesure que son mal de crâne se dissipait et que l’eau se faisait de moins en moins rouge pour retrouver sa limpidité initiale, sa nausée s’atténuait elle aussi. C’était bon. Tout allait bien. Il avait fait ce qu’il y avait à faire. Ça n’était pas la peine d’y penser davantage. Sur l’étagère, entre son blaireau et sa brosse à dents, la radio égrenait les faits divers. Il écoutait d’une oreille distraite en se séchant les cheveux. Une fois de plus, on ne parlait pas de lui. Ça n’était pas le genre de choses que le grand public avait envie de savoir, si friand de petits détails graveleux et sanglants soit-il. Dommage. Ça lui aurait permis de savoir si la flicaille était sur sa piste. Fait hautement improbable mais on n’était jamais sûr de rien.
Il y avait encore des bières au frigo, mais il faudrait qu’il fasse les courses. Il ne tiendrait pas la semaine avec une boîte de sardines, deux carottes blettes et une bouteille de ketchup. Canette décapsulée, il s’affala sur le canapé dans un grincement de ressorts. Entre les rideaux, on devinait l’aube qui pointait… Phoenix ferma les yeux et avala une gorgée d’alcool amer. Il allait s’accorder une petite sieste, il aviserait ensuite pour la bouffe et les vêtements.

Ce fut la sonnette qui le tira de son sommeil. Il souleva lentement une paupière et se tourna vers le radio-réveil posé sur la table basse. Putain, huit heure moins le quart… Il n’y avait pas moyen de dormir tranquille, même un tout petit peu ? Rajustant son peignoir pour ne laisser que le minimum de peau (et donc de plaies) visible, il jeta un coup d’œil par le judas. Morand, le propriétaire. Encore lui ? Ses visites surprises, de plus en plus fréquentes, l’agaçaient. Il s’était pris d’affection pour lui, le petit jeune qui vivait tout seul. Le pauvre petit jeune qui ne recevait jamais la moindre visite de sa famille, à croire qu’ils étaient tous morts ! Sur ce point, il n’avait pas complètement tort… Mais Phoenix n’avait pas besoin d’un père de substitution, et encore moins d’un fouineur qui faisait irruption chez lui à toute heure du jour. Maintenir les apparences était déjà bien assez difficile sans ça. Et c’est pourtant avec son air le plus engageant qu’il ouvrit la porte. Comme s’il était réellement surpris et content de voir l’autre tâche sur le pas de sa porte.

« Bonjour, Jonathan !
- Bonjour, Monsieur Morand…
- Appelle-moi Dominique mon petit, je te l’ai déjà dit… Tu es rentré tard ce soir, je t’ai entendu. »

Ce connard l’avait entendu monter à pas d’heure et il venait quand même le réveiller si tôt ? Il l’aurait bien étranglé avec sa cravate, là maintenant, tout de suite ! Et puis lui faire bouffer ses pompes bien cirées… L’idée était séduisante. Il se contenta de lui offrir un sourire contrit…

« Désolé d’avoir fait du bruit… Dominique.
- Mais non, ça n’est rien, ça n’est rien… C’est juste qu’il y avait du sang dans l’ascenseur, tout va bien ?
- J’ai juste saigné du nez, pas d’inquiétude à avoir… Ça m’arrive souvent quand il fait orageux vous… enfin tu… sais.
- Je comprends, je comprends ! Je me posais des questions, voilà tout… Mais si ça n’était que ça je suis rassuré.
- Je suis touché que tu te soucies autant de moi… »

Tu parles. La prochaine fois qu’il changerait d’appartement, il ferait plus attention à la personnalité du type qui le lui louerait. Un ermite misanthrope, ça serait l’idéal. Là, il serait vraiment tranquille. Changer d’appartement… Il faudrait qu’il y réfléchisse un peu plus sérieusement, ça devenait vital. Morand le mettait sur les nerfs. Ça n’était qu’une question de mois avant qu’il ne craque et ne fasse découvrir à son propriétaire les joies du saut à l’élastique. Mais avec, en guise d’élastique, ses propres tripes.

« Mais non, penses-tu, c’est normal… »

Cet air faussement modeste teinté d’autosatisfaction lui donnait envie de gerber. Il venait vérifier si un de ses locataires allait bien et ça y’est, il était Jésus ? Phoenix devrait peut-être le crucifier, histoire de parfaire la ressemblance ?

« Tu dois être fatigué, je te laisse… Bonne journée, mon petit ! »

Sans blague ? Il avait trouvé ça tout seul ? C’est vrai que quand on se couche à cinq heure du matin et qu’on vous réveille à peine trois heures plus tard, on n’était pas souvent fatigué, c’était une réaction tellement étrange et exceptionnelle ! Son faux sourire tomba dès que les multiples verrous de sa porte furent remis en place. Un peu de tranquillité, enfin. Déplier son clic-clac maintenant… Au point où il en était, il pouvait bien prendre le temps de le faire. Et puis ses blessures s’étaient déjà presque entièrement résorbées.
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Re: [NC-15 - Darkfic - Wonderland]

Message  Sugar-Junkie le Mer 24 Sep - 0:01

Chapitre 5 :
Celle qui tisse.



Esther fulminait. Premièrement, elle n’avait jamais eu envie de partir en voyage scolaire. Deuxièmement… Elle était assise à côté d’Alix. Une brillante idée du prof. Les coller ensemble dans le bus pour les forcer à faire la paix. Quelle stratégie subtile ! Et efficace avec ça... Zombie était restée appuyée contre la fenêtre, son casque sur les oreilles, le regard perdu dans le vide, Esther lui tournant le dos pour discuter avec une copine, assise de l’autre côté du couloir. Résultat des courses : le mur invisible entre elles n’avait pas bougé d’un pouce durant tout le trajet. C’était à prévoir.

Le cauchemar s’était poursuivi quand elles avaient appris qu’elles devraient aussi partager leur chambre d’hôtel. Et Esther avait eu beau faire des pieds et des mains, personne n’avait accepté échanger avec elle. Alix les intéressait, certes… Elle avait tout de l’héroïne tragique. Mais personne n’aurait voulu être enfermé dans une pièce sombre en sa compagnie. Elle avait une façon de ne pas vous regarder, de nier votre présence qui était… dérangeante.

« Tu veux faire un jeu ?
- Quoi ? »

Esther se retourna vers sa compagne rousse, les yeux écarquillés. Dieu de Dieu. Tout arrivait. Alix avait des cordes vocales et elle s’en servait pour lui parler à elle. C’était presque aussi bizarre que de voir une paramécie tenter de communiquer avec vous. Sauf qu’Alix n’était pas une paramécie. C’était une substance allergène.

« Un jeu, insista-t-elle. Tu veux jouer ?
- C’est quoi comme jeu ? Le monopoly ou un truc du genre ? »

Elle avait fait de son mieux pour que son ton soit cinglant et désagréable. En vérité, elle était plutôt inquiète. Alix ne regardait pas les gens. Même face à face, c’était exactement comme si elle ne les voyait pas, qu’ils étaient transparents, ou un truc du genre. Mais là, Esther voyait son reflet dans ses yeux bruns et l’angoisse indicible d’y être aspirée de force lui compressait le cœur comme un étau.

Sans répondre à ma question, la rousse s’était mise à fouiller dans son sac à dos. Elle déposa un carré de lin blanc cassé sur le dessus-de-lit à fleur, et le déplia. Intéressée malgré elle, Esther se rapprocha un peu pour mieux voir ce qui au premier abord lui avait semblé être des cartes de tarots brillantes. Mais si le format correspondait bien, il ne s’agissait pas de papier ou de carton, mais de petites plaques translucides, comme du verre irisé de nacre.

« Qu’est-ce que c’est ?
- Des Révélateurs.
- Ça prédit l’avenir ? C’est ça ?
- Ça révèle le présent. Carine me les avait donnés. Assied-toi. »

Le présent ? Qu’avait-on besoin de connaître le présent ? Elle obéit néanmoins à l’ordre donné et s’installa au bord du matelas de l’autre fille, son attention magnétisée par les petites plaques scintillantes. Elle ne ressentait plus la moindre pulsion de violence contre Alix, malgré la proximité. L’étrangeté de la situation devait sûrement altérer sa façon de penser…

« Mets ta main là. »

Ses mains se refermèrent sur le poignet de la blonde, plaçant ses doigts à quelques millimètres d’une des plaques, il aurait suffi d’un souffle pour que le contact ne se fasse bel et bien. Esther se laissa faire. Elle avait toujours imaginé sa peau froide et moite, mais c’était plutôt tiède. Doux aussi.

« Essaye de penser à ton propre visage. Représente-toi le comme dans un miroir… »

Son visage ? Des yeux bruns, une large bouche, un nez trop pointu à son goût… Un visage ovale, pas désagréable à regarder, encadré par une cascade de cheveux couleur banane pelée. Ah et elle avait un grain de beauté sur versant des larmes. Et sa peau était…

« Ça marche… »

La voix d’Alix la tira de sa réflexion et son attention se focalisa à nouveau sur le Révélateur. Sans qu’elle ne s’en rende compte, son doigt avait effleuré la surface brillante. Elle pouvait voir des sortes de nervures circuler au travers du verre depuis son doigt, au ralenti. Il lui fallut une ou deux secondes pour réaliser qu’il s’agissait de failles. Elle avait à peine touché ce truc et il se fendillait déjà ? Esther retira sa main comme si elle s’était brûlée, se tournant vers Alix, une lueur de terreur dans l’œil. Alix qui souriait, l’air ravi d’une gamine devant une vitrine de noël.

« Tu en es une toi aussi…
- Une quoi ? » Son ton s’était refait âpre, à la limite du cri.

Le sourire s’agrandit encore quand elle attira d’un geste son attention sur le dessin que formaient les fissures… Une toile d’araignée, d’une régularité quasi parfaite. Esther se leva, une sueur glacée couvrant soudain son dos, les genoux cotonneux.

« Une de Celles Qui Tissent… J’en suis une moi aussi…
- C’est quoi ces conneries encore ? Fous-moi la paix, pauvre tarée ! »

Elle courut à la salle de bain et s’y enferma. Elle se sentait essoufflée comme après un marathon. Cette cinglée… Elle n’aurait jamais dû l’écouter. Que le simple nom de Celles Qui Tissent réussisse à la plonger dans la terreur n’était pas normal, mais elle ne cherchait pas plus loin. Zombie se prenait pour une sorcière, et bien tant mieux ! Mais elle ne l’entraînerait pas là-dedans…

Mais quand les lumières furent éteintes, elle ne s’endormit pas tout de suite. La respiration paisible de la rousse dans le lit d’à côté ne faisait que réveiller de nouveaux doutes. Et si l’erreur était de ne pas écouter cette cinglée justement ? Et si c’était important ? Celles Qui Tissent… Songer à ces trois mots la fit frissonner, malgré l’épaisse couverture de plumes. Où avait-elle déjà entendu ce nom-là…
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Re: [NC-15 - Darkfic - Wonderland]

Message  Sugar-Junkie le Mer 24 Sep - 0:03

Chapitre 6 :
Collision



La douleur avait disparue. Lucian savait que ça n'était pas bon signe. Quand on commençait à arrêter de souffrir alors qu'on avait subi une raclée comme celle qu'il venait de prendre... Ça voulait dire que son corps tout entier était trop endolori pour qu’il puisse même isoler l'emplacement d'une seule blessure. Et pourtant ses agresseurs semblaient ne pas en avoir encore fini avec lui. Une forte poigne se referma sur le col de son blouson et le tira violemment vers le ciel. Il ne sentait même pas la pluie torrentielle frapper son visage. Tout juste la devinait-il au travers de ses yeux mi-clos. Ses pieds pendaient mollement dans le vide.

« Connard de rital ! »

L’insulte claqua dans l'air comme une gifle. Mais Lucian s'en foutait un peu pour le moment. Les vraies gifles le préoccupaient bien d’avantage. Quelle poisse. Il avait fait de son mieux pour interroger les gens sans paraître suspect, s’était donné beaucoup de mal pour se renseigner sans que l’autre monstre ne soit pas averti de sa présence. De peur que Phoenix, apprenant qu’il le recherchait, n’essaye de le tuer sans lui laisser le temps de s’expliquer Et à la place, il tombait sur les deux seuls neo-nazis du quartier. Ironique.

Coup de poing. Des flashs blancs dansèrent devant ses yeux. Comme au ralentit, le sol se rapprocha et il s'y écrasa. Encore une fois. Il regarda son sang se mêler à l'eau des flaques. Une quinte de toux le secoua, lui tirant un râle de souffrance. Combien de temps cela allait-il encore durer ? Ils allaient bien finir par se lasser... Mais serait-il encore vivant alors ? Une main agrippa ses longs cheveux noirs, l'obligeant à se relever. Lucian était bien incapable de dire si c'était le même type qui le frappait depuis le début, ou si les deux partenaires fonctionnaient à tour de rôle. Quelle importance après tout ? Il ne voulait pas mourir ici. Pas comme ça. Il s'obligea à garder les yeux ouverts, même s'il se sentait au bord de l'évanouissement. Deux visages anonymes. Deux sourire mauvais.

« Hasta la Vista ! »

Lucian rassembla le peu d'insolence qui lui restait pour leur cracher à la face, accompagnant son acte d'un geste pour le moins obscène du doigt.

« Ça c’est de l’espagnol, Coglioni ! »

Les sourires se changèrent en rictus rageur. Un petit rire franchit les lèvres enflées de Lucian, bientôt interrompu par sa collision avec une benne à ordure. Ça n'était pas le genre d'atterrissage qu'il préférait. Il s'adossa péniblement à la grosse poubelle. La puanteur ne le dérangeait pas, ses narines étaient obstruées par le sang de toutes façons. Il ferma les yeux... Pour les rouvrir presque aussitôt. Deux détonations et les silhouettes floues qui s'avançaient jusque là vers lui, menaçantes, s’écroulèrent sans un cri, comme une hallucination qui se dissipe. À l'entrée de l'impasse se tenait un autre homme, un pistolet équipé d’un silencieux à la main.

Il ne lui fallut pas plus d’une seconde pour le reconnaître. Ce visage, ce regard, cette expression… C’était Joshua. Ses cheveux et ses yeux avaient changés de couleur, mais il n’y avait pas de doute à avoir. Il n’avait pas vieilli d’un poil, exactement semblable à cette photo que le Patron lui avait donné. Le projet Phoenix. Nom de Dieu. C’était lui. Son corps se mit à trembler de façon incontrôlable. Il se sentait comme un rongeur acculé, réduit à regarder un long reptile lentement ramper en sa direction.

« Tout va bien ?
- J’ai… connu mieux. répondit Lucian, bafouillant un peu.
- T’aurais pas une cigarette ?
- Je ne fume pas...
- Peut-être qu’ils fumaient, eux..."

Sous le regard interdit du rescapé, Phoenix alla fouiller les cadavres, sans sembler le moins de monde incommodé par le contact de la peau des morts. Fredonnant presque. Un paquet rouge et blanc dans une main, un briquet dans l'autre, il revint s’asseoir à même le sol à côté du trentenaire.

« Temps pourri pour la saison, pas vrai ? Tiens-moi ça. »

Il lui fourra le briquet allumé entre les doigts. Forcément, avec ce vent et cette pluie, Joshua avait besoin à la fois de tenir la cigarette avec sa main gauche, de l’abriter avec sa main droite, et de réquisitionner une troisième main pour tenir le briquet. En l’occurrence, celle de Lucian. Parler lui faisait mal. Respirer lui faisait mal. Remuer lui faisait mal. Et pourtant, il se retrouvait sous un déluge d’eau froide, obligé de garder le bras bien levé pour qu’un taré de serial killer qui venait de lui sauver la vie puisse allumer sa cigarette.

« Merci… »

Seul un grognement inarticulé se fit entendre en réponse, qui pouvait soit passer pour un "de rien", soit pour un "t'es chiant". Lucian frissonna. Et ça n’était pas seulement à cause de l’orage.
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Re: [NC-15 - Darkfic - Wonderland]

Message  Sugar-Junkie le Mer 24 Sep - 0:05

Chapitre 7 :
Le silence est d’or.



Le soleil était largement levé quand le dealer consentit enfin à pointer le bout de son museau dans la rue. C’était un jour ordinaire, un jour gris de plus. Un jour sale, qui dégoulinait le long des murs comme un tag à l’acide, corrosif et poisseux. Un jour comme les autres. Les gens allaient et venaient, les yeux rivés au sol. On ne se promenait pas. On allait d’un point à un autre, l’oreille tendue et le ventre tordu par la peur du coup de feu qui déchire les entrailles et de la batte qui défonce le crâne et les os jusqu’à ce qu’il ne reste plus du corps tout entier qu’une pulpe sanguinolente. Ne pas courir. Ne pas lambiner. Ne pas sembler trop effrayé. Ne pas sembler trop heureux non plus. Ne pas sembler quoi que ce soit. Dans ce quartier, les choses étaient toujours tellement tendues…

Haigha se coula dans ce flot terne avec facilité. Il savait se rendre invisible dans la foule. La lumière du jour le rendait banal. Un jeune de classe moyenne, sac de classe sur le dos et mains dans les poches, un bonnet enfoncé sur le crâne d’où dépassaient quelques mèches de cheveux jaune filasse. Ordinaire. Inoffensif. La flamme de l’orgueil n’avait pas sa place dans ces yeux couleur cendre. Le poids de son cutter qui cognait à chaque pas contre sa cuisse, déformait un peu son blouson, mais personne ne semblait le remarquer. Et son sac contenait tellement de drogue qu’il aurait pu sans peine assommer quelqu’un avec.

Il s’enfonça dans une ruelle, rajustant d’un haussement d’épaule la bretelle droite de son sac. Ses yeux glissèrent sur les tags. C’était un peu comme regarder les infos, le sourire de la speakerine en moins. Il y avait eu quelques affrontements mais le quartier était toujours aux mains de Daddy. Son nom en larges lettres bleu fluo, recouvrant les autres avec insolence, en était la preuve. Tant mieux. Avec Daddy, on pouvait discuter. Il était dangereux, mais il n’était pas complètement barge. Et c’était un bon client. Il écoulerait déjà le gros de son stock au lycée privé du coin, et puis il passerait chez lui. Daddy aimait bien se faire servir.

Les mètres défilaient sous ses lourdes chaussures. Il s’alluma une clope, mains levées en coupe-vent à hauteur de son visage. Il n’aimait pas fumer. Pas vraiment. Si l’ivresse du Sang d’Ange ressemblait à celle du dépucelage, l’amertume de la nicotine lui rappelait plutôt les lendemains, avec gueule de bois, haleine de phoque et vomis dans l’évier à la clef. Il n’empêche qu’il était accroc à cette merde.

Le lycée était une grande cage d’acier et de verre, posé au milieu des bâtiments plus anciens comme un vaisseau alien au milieu d’un village médiéval. Il avait été lycéen lui aussi autrefois. Mais ça remontait à si loin qu’Haigha se demandait parfois s’il n’en avait pas seulement rêvé. Il ne regrettait rien pourtant. Il n’avait jamais été capable de vraiment s’intégrer, de s’engager dans la vie commune ou même de s’intéresser à ce qui se passait. Il se laissait juste porter par le courant. Les choses n’avaient peut-être pas tellement changé, maintenant qu’il y pensait.

Haigha passa le portail en toute tranquillité. Il avait l’allure et l’âge d’un élève, il n’y avait pas de raison qu’on se méfie de lui. Et puis il semblait tellement insignifiant… Il traversa la cour, s’assit sur un banc à l’écart, son banc. Là, il était bien. Protégé de la bruine poisseuse qui tombait par intermittence depuis la veille. Les sons lui parvenaient étouffés, lointains. Le refuge idéal pour vendre ses petites douceurs bien dorées, il l’avait utilisé depuis qu’il était rentré dans le business. Il ne fallut pas longtemps pour que ses premiers clients débarquent. Un ou deux à la fois, jamais plus. Ils lui serraient la main, lui glissant au passage quelques billets au creux de la paume. Ils s’asseyaient à ses côtés, grillaient une clope, échangeaient quelques paroles anodines avec lui et repartaient avec un petit sac de poudre dorée dans leurs poches.

Il repéra Alix sans difficulté. Avec ses cheveux d’un roux flamboyant et malgré ses vêtements ternes, elle passait difficilement inaperçue. Il l’aimait bien. Une fille tranquille en surface, mais traversée par d’impétueux courants en profondeur. Et puis, c’était une Tisseuse.

« Salut.
- Salut. »

Elle s’assit. Elle restait plus longtemps que la plupart des gens, elle ne donnait pas l’argent tout de suite. Ils parlaient un peu. De leurs expériences de « glisse » surtout. Quand il y pensait bien, elle était ce qu’il avait de plus proche d’une amie.
« Ça fait un moment que je ne t’avais pas vu.
- Voyage de classe…
- Tu ne m’en as pas parlé.
-J’avais oublié. »

Ils restèrent silencieux quelques secondes, chacun perdu dans ses pensées, le regard vague. Ne rien dire ne les dérangeait pas. Haigha appréciait la façon qu’elle avait de ne pas le faire se sentir obligée de parler…

« C’était bien ?
- J’ai rêvé de toi. »

Une grimace étira les lèvres du dealer. S’il y avait bien une chose dont il avait appris à se méfier, c’était bien des rêves des Tisseuses. Surtout quand elles lui achetaient du poison d’or aussi régulièrement qu’Alix.

« En bien ou en mal ?
- Je ne sais pas… Tes jambes s’étaient changées en racines. Tu voulais courir, mais comme tu ne pouvais pas bouger, tu les as coupées. Il y avait beaucoup de sang, tu souriais.
- Oh. »

Ils se turent à nouveau. Un courant d’air fit voleter un papier gras jusque sous le pied de la rousse. Elle l’écrasa, et brisa à son tour le silence.

« Je peux te demander quelque chose ? »

Nouvelle grimace. Elle avait été la seule de ses clients à ne lui avoir jamais rien réclamé. Pas de délai de paiement, pas de dose supplémentaire, rien. Et bien sûr, ça ne pouvait pas durer.

« Tu m’aimes ?
- Oui… Je t’aime bien… Bien sûr… » balbutia-t-il, interloqué par le tour que prenait la conversation.

Elle n’ajouta rien de plus, n’esquissa pas le moindre sourire, mais la ride soucieuse qui s’était dessinée sur son front s’effaça. Elle lui tendit un billet, il lui donna son sachet sans réfléchir, par automatisme. Et elle partit. Ce fut tout.
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Re: [NC-15 - Darkfic - Wonderland]

Message  Sugar-Junkie le Sam 6 Déc - 17:50

Chapitre 8 :
Porcelaine qui rêve.



Phoenix ne se comprenait plus. Qu’il ait tué les deux crétins en treillis, c’était normal, c’était dans l’ordre des choses, comme une grenouille pouvait gober une mouche ou un fleuve emporter une branche à la dérive. Mais qu’il épargne le troisième, et plus encore qu’il le ramène chez lui, ça c’était étrange, complètement inédit. Victime ou pas, c’était un témoin. Et les témoins devaient être éliminés. Il pensait pourtant s’être débarrassé de tout élan de pitié. Il y avait été obligé. Qu’est-ce que cette loque allongée sur son canapé avait de si spécial pour réveiller un sentiment aussi ancien en lui ?

L’italien s’était évanoui pendant que Phoenix le transportait. Il était mal en point. Peut-être devrait-il l’achever ? Une balle en plein cœur et ça serait terminé. Il était inconscient, il ne souffrirait pas, même pas une fraction de seconde. Mais bien sûr, il ne pouvait pas faire ça. Pas ici, dans son appartement. C’était bien trop risqué. Le sang, la détonation, non… Il pourrait l’étrangler, mais que faire du cadavre ? Qu’est-ce qui lui était passé par la tête pour qu’il emmène ce type chez lui ? Et d’ailleurs, qui était-ce ? Il y avait eu dans son regard une lueur particulière… comme s’il le reconnaissait. Mais c’était impossible. Il ne restait rien de son passé. Il avait tout brûlé. Tout. Les documents comme les vivants.

Il fouilla rapidement les poches du blessé à la recherche de papiers d’identités, d’une carte bancaire, d’une lettre, n’importe quoi qui puisse le renseigner. Il avait les poches vides, à part trois pièces, des clefs, et une photo de lui. Une photo d’avant. De quand il était encore autre chose qu’une bête enragée… Les lèvres de Lucas laissèrent échapper un léger râle de souffrance et il se statufia, se sentant pris sur le fait. Il détailla le visage de son « invité ». Était-il vraiment inconscient ? Ou bien cherchait-il à le tromper, dans le but de lui sauter à la gorge dès qu’il baisserait sa garde ?

Ça devenait ridicule. Il était trop mal en point pour ne serait-ce qu’à songer à un plan pareil. Sa lèvre était fendue. Il saignait du nez. Et il allait certainement avoir un œil au beurre noir. Le tout était écorché, rouge et gonflé. Vraiment pas joli à voir, même s’il semblait que les traits du trentenaire avaient dû dégager une beauté discrète. Avant de faire connaissance avec le béton bien sûr. Phoenix ne put s’empêcher de sentir une pointe de jalousie. Ces fines pattes doigts autour des yeux, ces rides sur son front, même ces égratignures… Sa peau à lui était parfaitement lisse. Aussi lisse qu’il y a quinze ans. Phoenix ne vieillissait pas. Son visage était devenu un masque, son corps n’était rien d’autre qu’un assemblage d’organes bio-synthétiques… Il n’avait plus d’humain que l’apparence. Si la moindre ridule avait pointé au coin de ses lèvres, il aurait pu espérer retrouver une vie normale, banale, toutes ces années qu’on lui avait volé. Mais il ce serait vraiment un miracle si… L’italien ouvrit les yeux, Phoenix se recula brusquement. Il avait été tellement absorbé dans ses pensées… Il se rendit compte que ses doigts étaient encore posés sur sa joue, retira sa main, gêné.

« T’es dans un sale état, il faudrait désinfecter ça… »

Une chance que l’autre ait l’air encore dans les vapes, ça lui éviterait d’avoir à se justifier plus que ça. Il se voyait mal lui dire qu’il admirait sincèrement sa peau. Il n’était pas encore assez atteint pour penser que ça puisse passer pour un comportement logique. Le silence devenait plus pesant de minutes en minutes. Il s’éclaircit la gorge et tourna les talons, reprenant son masque de désinvolture.

« Café ? Je dois avoir un fond d’instantané quelque part dans la cuisine… À moins que tu ne préfères le thé ?
- Café, c’est bien… »

Il reprenait du poil de la bête visiblement. Phoenix préféra faire taire la petite partie qui semblait trouver que c’était une bonne nouvelle, et alluma la cafetière. Il n’était pas trop inquiet quand à une possible évasion de son « invité ». La porte était verrouillée de toutes façons. Même s’il avait été en pleine santé, il aurait eu du mal à la crocheter avant qu’il ne soit revenu de la cuisine. Et puis s’il avait une photo de lui, c’était qu’il le cherchait. Maintenant qu’il l’avait trouvé, il ne partirait probablement pas. Pas avant de lui avoir dit ce qu’il avait à lui dire. Phoenix était beaucoup plus inquiet en ce qui concernait le nombre de tasses propres. Il vivait tout seul et il ne faisait pas souvent la vaisselle…

Il finit par servir le liquide brûlant dans deux mugs sales. De toutes façons, il ne s’en rendrait pas compte, c’était des traces de café après tout. Il revint dans le salon. Le blessé n’avait pas bougé d’un poil, comme il l’avait supposé. Il déposa les tasse sur la table basse avant de s’effondrer avec un soupir de satisfaction dans la chose miteuse et défoncée qui lui tenait lieu de fauteuil. L’italien n’avait toujours pas touché au café, le fixant d’un regard suspicieux.
Le tueur croisa les jambes, sourit.

« Tu veux peut-être du sucre ? »

Le trentenaire sursauta, marmonna quelques mots d’excuse, mal à l’aise. C’était peut-être le holster, bien en évidence sous son aisselle, qui en était le responsable. Phoenix durcit son expression, cachant son amusement sous un masque d’agressivité. C’était maintenant que les choses allaient vraiment devenir drôles… Il leva la photo qu’il avait trouvé sur le blessé à hauteur de son visage, et Lucian blêmit.

« Alors ? Je ne savais pas que j’avais des fans… »
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