[Nc.15 - Encore]

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[Nc.15 - Encore]

Message  Midnight le Mar 14 Oct - 1:35

NdA - Crevé, flemme de commenter. Pour les intéressés néanmoins, Blüe ( Gackt) est à écouter si cela vous tente.
Avertissement - Cet OS traitera principalement de la violence conjugale, d'un point de vue que certains n'apprécieront peut-être pas.
Nc.15 par précaution, mais je ne suis pas bien sûr que ce soit nécessaire.
Disclamer - Cet OS est purement fictif : aucun des individus (de toutes manières non cités) n'existent en réalité ; ce texte n'a pas été écrit à but lucratif, bien évidemment.

Encore


Entre nous, il y a désormais ce silence qu’on appelle folie ; il eut un temps où cela s’appelait encore amour.

Entre ces draps ternes tu respires encore, tu respires et tu murmures mon nom dans ton sommeil. Je laisse encore mes doigts effleurer la douceur de ta peau ; mais je sais que tout cela a pris fin. Tes lèvres entrouvertes exhalent encore le parfum de ce café que tu as bu ce matin ; tes cheveux expirent cette insolence dont tu es faite. Penché vers toi je te respire.
Tout en moi n’est que désir à cet instant, mais toi tu dors encore. Combien de fois t’ai-je observée ainsi, brûlant sans oser faire un geste, à te regarder soupirer d’aise ? Parfois mon esprit s’égare et je me laisse aller à la démence ; pourtant jamais mes pensées n’ont survolé mes actes. Ma bouche se pose sur ton épaule, et je laisse aller mes mains à des caresses qui te font frémir. J’aime tes frissons et je les espère ; quelquefois ils m’exaspèrent. Serais-je de nous deux le seul à te désirer ?
Je passe mon bras par-dessus tes épaules ; me voilà tout contre toi, et toi, plongée en ce sommeil profond, tu ne réagis pas. Mes phalanges se crispent et le tissu se froisse. Je te désire et toi tu dors.

Si je le voulais…

Mes lèvres effleurent les tiennes, s’y appuient puis les mordillent. Je te sens sourire peut-être, de bien-être sans doute. Tu souffles mon nom et tes doigts se posent sur mon dos, s’y agrippent. Tu ne te sens plus que chose sous mon emprise, et je le sais. Ma chose, mon objet, mon être. Tu n’appartiens qu’à moi, et cela n’a pas à changer. Pourquoi le faudrait-il ?

Pourquoi suis-je si seul, dans ce lit ?

Moi aussi je veux être tien. Moi aussi je veux n’appartenir qu’à ta personne, ne me sentir plus rien qu’à toi, et n’être sous ton emprise que plaisir. Mais ce n’est pas le cas, et cela ne l’a jamais été. Je n’ai jamais su pourquoi, ou jamais su l’imaginer. Sans doute n’osais-je pas ; aujourd’hui je le peux.
Mes mains effleurent tes hanches, ton ventre, ta poitrine ; ta gorge.

Où es-tu ?

Je ne veux que toi, et –

« -Arrête ! ».

~*~

La porte claque derrière lui. Il n’a pas dit un mot.

Elle reste là, tremblante, son désir brûlant encore son corps, caressant ses lèvres comme une brûlure ; la gorge serrée. Par la peur et par ces marques sur sa peau.

~*~

Tu te tais. Tu ne dis plus rien depuis que je suis rentré ; depuis cette dernière nuit que nous avons passé ensemble.

Parle-moi…


Tes doigts tremblent sur l’anse de la tasse de ce café dont tu t’abreuves et te drogues ; tu es nerveuse. Tu as peur, peut-être, je ne sais pas. Tu as peur et, pour la première fois, tu me prends en compte autre chose que mes mains, mes lèvres ou ce qui te procure tant de plaisir. Tu me pense autrement que par membres, et moi je vis.
Ton regard refuse de croiser le mien. Tu te tends à mon approche, et je sens ta respiration se taire lorsque doucement je saisis ton menton pour le tourner vers moi. Pourtant dans tes pupilles je lis, mêlée à cette peur qui te maîtrise, une soif évidente que je n’avais encore jamais vue. Ou peut-être est-ce mon imagination ; je ne le sais pas et je n’en ai cure.

Mes lèvres se saisissent des tiennes et tu frémis. Tu laisses échapper malgré toi une plainte, surprise. D’un geste brusque, involontaire, tu envoies chavirer sur le carrelage la tasse de porcelaine, qui s’y brise en un éclat singulier. Limites, raison, et folie. Tout éclate et se mêle. L’odeur de café s’épanche plus fortement encore dans la pièce.
Tu as peur et tu me désires. Mais encore et toujours, je ne t’appartiens pas.

Regarde-moi…

Je te mords et tu gémis. Mais encore et toujours, ce n’est pas moi.

Aime-moi…

Je me saisis de tes poignets, et me saisit l’envie de les tordre, de les blesser, de les briser peut-être. Mes doigts se resserrent et tu tentes de te débattre. Regarde comme tu veux déjà t’éloigner de moi. Que suis-je donc à tes yeux ?

Laisse-moi m’emparer de toi…

Lorsque mes dents effleurent la peau de ton cou, tu t’immobilises et retiens ton souffle. Pourtant ta jambe a déjà glissé contre la mienne ; elle s’y appuie et tu en es consciente, comme tu devines que je veux aller plus loin. Mais comme toujours, tu te laisses faire et tu attends. Malgré tes caresses je ne suis pas dupe, non.
Qui est l’autre à qui tu t’adonnes vraiment ? Je ne sais s’il existe, et je crois que je n’en ai que faire. Je te veux à part entière, et pour cela, tu dois m’accepter pleinement. Pourquoi ne le comprends-tu pas ?

Prends-moi…


Je sais. Je sais qu’en ouvrant les yeux, c’est ton insolence que je rencontrerai, ton insolence et ton indifférence peut-être ; ta passivité. Combien de temps pourrais-je encore supporter cette situation ? Et pourtant j’espère encore ; je t’observe et toi, paupières closes, lèvres entrouvertes, tu exhales des passions qui me semblent étrangères. Qui est cet inconnu auquel tu songes pour ne pas me voir ?
Tu attends. Moi je n’en peux plus de le faire.

~*~

Le son éclate dans l’air et un sanglot meurt étouffé. Elle pleure et lui s’en va.

Le café est froid, sur le carrelage glacé.
Sa joue brûle sous cette marque rouge.

~*~

Tu as essayé de me le cacher, mais je sais. L’odeur de tes cigarettes s’est imprégnée dans tes écharpes où autrefois l’on ne sentait que ton parfum. Dans tout l’appartement on ne respire plus que ça. Il y a un cendrier, qui paraît neuf mais qui a déjà servi, posé sur le buffet ; tu as oublié de le ranger.
Tu fixes le sol du regard pendant que je t’interroge.

« -Depuis quand ? »

Hier ? Avant ? La première fois ? Des années peut-être ? Depuis notre union ? Depuis qu’on habite ensemble ?

Tu te tais. Tu n’oses pas dire un seul mot, tu ne nies même pas. De toutes manières cela aurait été inutile : la présence de ce cendrier noir sur cette table en est une preuve criante. J’amène de l’entrée ton manteau. Il y a un paquet de Malboro dans la poche gauche, et il n’en reste qu’une ; dans l’autre, un Zippo monochrome.
Je m’évertue à te poser des questions, à essayer de comprendre, mais tu ne dis rien. M’as-tu déjà adressé la parole ?

Je ne le sais plus.

« -Vas-y, montre-moi puisque tu ne veux pas m’expliquer. »

Tu obtempères en tremblant. La cigarette, le briquet. Fumée.

Encore et toujours tu attends.

Mais quoi au juste ? Peut-être que tu ne le sais pas toi-même ; moi je t’attends toi. Mais sans un mot tu continues à porter à tes lèvres ce cylindre blanc, avec cet air de femme blessée qui m’exaspère. Qui de nous deux a réellement causé cette affaire ?
L’annulaire me pèse lourd.

J’ai envie de reposer cet anneau d’or là, sur la table, tout de suite, maintenant. L’ôter, le retirer, le laisser et partir d’ici. Pourtant j’en suis incapable. Je voudrais cesser de t’aimer ; toi, patiente, tu continues à fumer.

Je regrette

Tu ne réagis pas lorsque je t’ôte la cigarette des doigts. J’ai envie de –

Tu hurles.

~*~

Un cri. Muet, il la contemple sans un mot alors qu’une odeur écoeurante se mêle à celle du tabac. Elle sort. Elle court,

elle pleure.
Elle l’aime pourtant.

~*~

Cela fait bien trois jours que tu n’étais pas rentrée. Et enfin tu reviens, traits tirés mais déterminés. Tu ne me souris pas – tu as arrêté de me sourire depuis bien longtemps. Il y a un bandage sur cette main où s’étend sans doute un stigmate pourpre. Tu t’assieds en face de moi. A ton regard je sais que tu as pleuré.
Tu as vu la bouteille vide, dans la poubelle, où s’inscrivent sur l’étiquette des signes cyrilliques que tu n’es pas à même de comprendre. Moi je vois surtout le vide entre nous, le vide à ce doigt sans nom et ces papiers que tu as tirés de ton sac pour le combler. Une fois de plus tu attends. Tu attends que je les prenne en main, que je les observe et en tire mes conclusions.
Je sais déjà ce que c’est.

Tu ne me regardes pas. Ce sont des papiers de demande de divorce. Le processus a l’air long. Tu me dis juste qu’il ne s’agit ni d’une menace, ni d’une prière. Que tu penses peut-être qu’il serait bon de se poser la question, au vu de la situation. Et que si jamais je pense qu’il vaille mieux que l’on cesse maintenant, tu acceptais de le faire.

Regarde.

Regarde comme tu évites de me contempler ; regarde comme tu refuses de prendre cette décision toi-même. Regarde comme tout cela te semble étranger à toi-même, regarde-toi et regarde-moi. Regarde ce que nous n’avons jamais représenté l’un pour l’autre et regarde mon acharnement à construire ce qui n’a peut-être jamais eu lieu d’exister.

Où est notre alliance ?

Je me lève pour ranger les documents et toi tu fixes le sol des yeux comme une bouée à laquelle on s’accroche. Mais nous ne sommes pas en pleine mer et rien ne peut nous sauver de la vague de la société. Toi et moi étions voués à l’échec. Pourquoi ont-ils accepté si facilement notre mariage si c’était pour nous rendre si difficile le divorce ?
Je voudrais te briser là, sur place. Pour ne pas être ce que je voudrais que tu sois. Tu ne m’aimes pas et tu ne m’as peut-être jamais aimé.

Où sommes-nous ?

Mais que dois-je faire de ce qui vit toujours en ma poitrine et qui m’étouffe de jour en jour ?

Il y a cette tasse de café vide dans laquelle tu as bu une semaine auparavant, toujours posée sur le bureau, qui embaume la pièce ; il y a ces tessons de porcelaine sur lesquels j’ai pleuré dans la poubelle ; il y a ces écharpes où je respire ton parfum d’insolence et de cigarette ; il y a cette photographie encadrée dans l’entrée, où tu es si belle dans cette tulle blanche et où tu ris.
Et puis, il y a ce vide à ton annulaire, ces papiers administratifs et ton silence blessé.
Ce silence passif de l’être qui attend.

Moi aussi j’attends.

~*~

Pour la première fois, il y a comme un silence paisible entre eux ; pourtant il ne s’agit que de violence.

Comme toujours.

~*~

Je voudrais dire qu’ont passé des semaines, des mois, des années même, sans que rien n’ait découlé de cette situation, ou mieux, qu’elle s’est améliorée, mais ce ne sera jamais le cas. Notre petit univers interne, abrupt, brutal, dans son empressement file tout droit à ce désastre que nos âmes précipitées n’ont pas manqué de créer.
Notre drame silencieux, intime, touche à sa fin sans que personne n’ait à nous pousser au néant ; nous avons nous-même causé notre perte, dans cet immense décor de bitume et de fumée.

« -Je suis rentrée… »

Tes répliques me paraissent fade. Sur notre scène conjugale, tu es si détachée qu’il me semble que déjà tu es sortie. Mais il n’y a ici ni coulisses ni souffleur ; nous ne pouvons que vivre ces rôles pour lesquels nous ne sommes plus faits.
Tu es si belle pourtant, et il me semble que je retrouve mes premiers battements. Tes lèvres charnues, le grain de ta peau, tes paupières un peu alourdie par ces longs cils bruns, ta lourde chevelure un peu emmêlée, l’échancrure de ta taille, la courbe de ta nuque ; ton parfum, ton regard, la courbe de ton poignet, de tes bras, tes gestes suaves.
Tu ôtes ton manteau. Tu le poses sur une chaise, tu poses les clefs sur la table. Il y a ce tintement dans l’air qui ne s’en va pas et tu ne lèves pas les yeux. Depuis combien de temps ne m’as-tu pas regardé en face ?

Regarde-moi…

Je voudrais effleurer ton visage, poser mes lèvres sur tes paupières et te voir sourire, une fois encore. T’entendre rire peut-être. Mais ces temps ont pris fin ; aujourd’hui il ne reste de nous plus rien, plus que cet anneau que je m’obstine à porter.

Est-ce que tu m’aimes ?

Tu te diriges vers la cuisine. Je crois bien que je t’ai arrêtée du bras, je ne sais pas. Tu t’immobilises mais il me semble que tu t’y attendais. Encore, encore et toujours, cette attente que je ne supporte plus…Tu te penches vers moi, avec cette indifférence qui fait de nous un couple uni, un mariage heureux.

Aime-moi, encore et encore, juste une dernière fois…

Tes bras. Tes bras qui trouvent place entre les miens et tes cheveux qui me chatouillent le visage. Tes lèvres qui cherchent les miennes. Qui cherchent mes mots, peut-être, qui cherchent mon souffle. Pour la première fois cela vient de toi ; mais il est déjà trop tard. J’ai lu dans tes iris ce que je souhaitais le moins : tu n’espères plus rien de moi, d’un nous depuis longtemps révolu. Pourtant tu t’obstines à attendre.

Mais qu’est-ce que tu attends ?

L’autre peut-être. Cet autre qui viendra te délivrer de mes barreaux de fers, cet autre qui saura te satisfaire et dont tu prendras l’âme sans concessions. Pas moi.
Ou attends-tu une délivrance de nous ?

Tu m’effleures de tes lèvres, de ton souffle, de ton âme peut-être. Tu ôtes ta jaquette, ta chemise ; tu viens réchauffer ton corps auprès du mien. Ma chair frémit sous tes caresses et pour la première fois je réalise que c’est toi. Je n’appartiens qu’à toi, je ne suis qu’à toi, malgré cela aujourd’hui tout est déjà perdu.
Tu te recules un peu ; tu me scrutes. Tu attends.

Epouse-moi, encore et encore…

De la satisfaction de ma part, peut-être. Pourtant tu sais bien.

Trop tard, trop tard, trop tard…

Je me lève pour porter mes doigts à ta nuque, à ta chevelure mordorée, presque rousse, je te respire. Je te respire et tu pleures, mon amour, parce que c’est déjà la fin.

Anéantis-moi de tes doigts fins…

Tu te laisses basculer sur le manteau échoué sur le parquet ambré ; tu me regardes. Tu m’aimes, tu m’aimes, mais il est trop tard, qui me dit que tu ne cesseras de le faire à l’instant même où tu reprendras ton alliance ?
Au-dessus de ton corps je passe ma main dans tes boucles emmêlées, tremblantes. Les tissus se détachent de notre chair, de notre chaleur, et il ne reste plus que nous ; si faux et si justes dans cet appartement qui ne sera plus nôtre, qui ne sera plus asile de notre démence.

Tu es mienne et je serai tien…

Mon alliance. Pourquoi la garder si elle n’est plus symbole de notre union ? Et pourtant de mon doigt elle passe au tien. Je crois que tu souris ; je voudrais le voir mais j’ai peur de me tromper. Puisque c’est la fin…

Tu pleures. Tu ris.

Je –

~*~

Ses doigts. Ses doigts s’arrêtent sur sa gorge alors que les siens lui caressent la joue. Doucement, lentement, ils se serrent. Un bras retombe.

~*~

Penché sur ton corps, je te respire et je pleure, mon amour, parce que c’est déjà la fin.

Je t’aime, je t’aime…

Je t’aime, encore et toujours.

Embrasse-moi…

Plus tard, ils sauront que c’était moi. Que je t’ai tuée, mais c’est toi qui nous as tués tous deux. Je ne sens aucune fragrance à part la tienne mais,

la tête me tourne,

tourne autour de nous,

de toi,

de moi,

je t’aime,

encore,

encore et toujours,

encore,

encore,

encore et encore…
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Midnight
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